On me demande parfois pourquoi un photographe et dessinateur, nourri par des années d’observation du vivant, a choisi d’intégrer l’intelligence artificielle à son travail.
La réponse est simple : je n’utilise pas l’IA pour la prouesse technique. Elle m’a donné un outil qui me permet de réunir des pratiques qui ont longtemps occupé des espaces séparés : la photographie, le dessin et la peinture.
L’outil génératif m’offre aujourd’hui un espace de recherche où ces disciplines peuvent se rencontrer.
Une autre manière de construire une image
Pour moi, le travail commence souvent par les mots. Ceux qui structuraient autrefois mes pensées de biologiste me servent aujourd’hui à préciser une image, une lumière, une matière, une couleur ou une atmosphère.
Écrire un prompt, c’est formuler une intention. Je peux y chercher la texture d’un fusain, un geste de peinture, un clair-obscur photographique ou une lumière particulière.
L’outil propose. Je choisis, j’écarte, je recommence et je construis.
Les premières images comportent souvent des aberrations, des détails incohérents ou des défauts de matière. Une grande partie du travail consiste ensuite à les repérer, les corriger et parfois à les conserver lorsqu’ils trouvent leur place dans l’image.
Observer le hasard
Face à l’algorithme, je retrouve une posture qui m’est familière : celle de l’observateur.
Comme devant un écosystème, j’observe les variations, les accidents et les formes inattendues. Je peux générer de nombreuses propositions avant de trouver celle qui contient ce que je cherche.
Le travail se poursuit ensuite en plusieurs étapes :
- Explorer : chercher une composition, une lumière ou une matière.
- Construire : associer photographie, dessin, peinture et génération numérique.
- Reprendre : retoucher, assembler et corriger l’image jusqu’à ce qu’elle corresponde à ce que je cherche.
La photographie reste présente dans ma manière de regarder : le cadrage, la lumière, les plans, les rapports entre les masses. La peinture intervient dans la matière, les couleurs et la construction de l’atmosphère.
Les outils changent, le regard reste.
La photographie m’a appris à regarder la lumière et à construire une image. Le dessin et la peinture m’ont appris à travailler la matière et la couleur. L’intelligence artificielle m’offre aujourd’hui un espace où ces expériences peuvent se rencontrer.
C’est cette continuité qui m’intéresse.
