La Rose Noire
Elle est là, devant nous, en robe noire, comme oubliée par le temps qui passe, dans la pâleur diffuse du marais.
La rose, de son noir singulier, ressemble à cette étrange fin de nuit. Crépuscule astronomique. Les étoiles, une à une, s’enfoncent dans le firmament, tandis que la ligne d’horizon tarde à souligner le jour naissant. À cette heure, tout pourrait encore advenir, et pourtant il ne se passe rien.
Flotte seulement un parfum de promesses muettes. Serrés les uns contre les autres, engourdis dans leur pudeur maladive, les pétales s’obstinent à ne pas s’ouvrir, repoussant une fois encore les avances du jour.
Elle porte en elle le poids des gestes absents, des mots restés derrière les lèvres, et de ceux qui, par leur beauté froide, presque aristocratique, déchirent l’aube.
On pourrait croire qu’elle se réserve pour un moment parfait, et que le destin viendra un jour lever ce verrou invisible. Mais le temps, indifférent, continue de couler, et la rose, obstinée, garde son secret.
Autres œuvres de cette série : Le Marais d’or