L’automne tire à sa fin, dehors il pleut, il vente. Sur le sol poussiéreux de la grange, des tournesols séchés, fleurs immortelles, souvenirs de saisons où il y avait encore des fleurs, des papillons, dans une campagne qui sentait bon le foin et la paille des blés coupés…
Univers mystique. Le silence règne et le temps se fige. Une barque immobile, drapée de noir, attend l’ultime passage. Quelques fleurs lumineuses, fragiles, diffusent leur douce lueur dans le clair-obscur.
Entre espoir et mélancolie, les tonalités sombres du décor habillent de leur voile discret l’âme poétique d’infimes détails. Un voyage interrompu, bientôt oublié. La nature épouse l’abandon.
Dans ce camaïeu de noirs et de lumière, le regard se perd, le temps d’une pensée.
Le 2 novembre est le jour des morts. Toutes les religions et culture ne le célèbrent pas de façon identique. Au Mexique par exemple, « el Día de los muertos » est une grande fête durant laquelle les familles se réunissent autour des tombes de leurs proches avec des offrandes, de la nourriture, au son de la musique des Mariachis.
Ce jour là, j’ai rassemblé les miens dans mes pensées, et réalisé ce travail en leur compagnie.
« J’ai horreur des hôpitaux, des froids corridors, des salles d’attente, antichambres de la mort, plus encore des cimetières où les fleurs perdent leur éclat, il n’y a pas de belles fleurs dans un campo-santo… » Jorge Amado (New-York 1986) in Navigation de cabotage (1998)
Ce travail a vu le jour alors que j’achevais la lecture du livre d’Olivier Norek « Impact » , une tribune à l’écologie, un texte à charge contre les pollueurs. On ne pourra plus dire que l’on ne savait pas… Alors disons que ces œuvres sont là pour ne pas oublier …
Illustrer le désordre infligé, représenter le chaos, décaler les perceptions, noircir le trait, détromper les lois gravitationnelles de la physique, interpeller sur la gravité de la situation. Ainsi à pris forme cette série « Gravité ».
« Le jour zéro est le jour où plus aucune goutte ne sortira des robinets. Voilà ce qu’endure déjà plus d’un quart de l’humanité. Bienvenue dans le monde d’Après ! » Impact » Olivier Norek (2020)
Dans l’écrin brumeux d’une forêt tropicale humide, un bateau semble s’être assoupi, enveloppé par la douceur du temps. Des tentures de soie dorée, effilochées et flottantes, habillent la scène d’un voile éthéré. Elles se mêlent aux branches et aux fils invisibles tissés par le vent, comme les lambeaux de de souvenirs qui s’évanouissent et nous entraînent dans le rêve.
La lumière joue avec ces étoffes précieuses, effleurant les pétales lumineux. Des fleurs et des lanternes, éclats dorés, veilleuses de cet espace hors du monde et du temps, murmurent une mélodie silencieuse, un chant de veille à l’attention d’un voyageur passé ou d’un voyage oublié.
L’ensemble dégage une poésie douce et contemplative. Dans ce décor onirique, la scène devient le berceau d’un secret ou la nature et la lumière tissent un écrin sacré où le temps s’efface. Un sanctuaire flottant, un jardin de songes où chaque lueur est une promesse d’éveil.
Visiter la galerie des œuvres de la série Peonies and Water Lilies
Cette œuvre est empreinte d’une profonde mélancolie et d’un mystère presque onirique. L’eau sombre reflète une lumière irréelle, comme si le ciel et le fleuve partageaient le même souffle. Les barques, immobiles, semblent suspendues dans une attente silencieuse, figées entre le monde du réel et celui des songes.
Les grandes lunes diaphanes diffusent une clarté spectrale, baignant la scène dans une atmosphère intemporelle. Elles semblent être des témoins silencieux, observant le passage des âmes et des souvenirs. Tout ici évoque un dialogue entre la lumière et l’obscurité, entre la présence et l’absence, comme si le fleuve était la mémoire d’un rêve oublié, d’un voyage intérieur qui se répète chaque nuit.
A jamais, par les souvenirs enchaîné a ce fleuve noir, je dois revenir, inlassablement l’écouter et le comprendre. Il me transporte, je flotte. Les lucioles luisent sur l’eau comme un reflet des étoiles. En dessous se dénouent sans aucun doute, invisibles dans son silence, d’innombrables tragédies dont lui seul connaît les secrets.
Lors de la première fin du monde, Noé a rassemblé tous les animaux, deux par deux, et les a embarqués sur son canot de sauvetage. Mais il y a un détail marrant : Il a abandonné les plantes et les arbres à la mort. Il a oublié d’emmener la seule créature dont il avait vraiment besoin pour rebâtir la vie sur la terre, et il s’est occupé de sauver les pique assiettes ! […] Le problème, c’est que Noé et son espèce ne savaient pas que les arbres étaient vraiment vivants. Pas d’intention, pas d’étincelle vitale. Comme des cailloux, en plus grands. L’Arbre Monde – Richard Powers (2018)
Les autres œuvres de la série sont ici
En réalisant ce travail, je pensais à L’Arbre-Monde, ouvrage somptueux de Richard Powers (2018).
Au fil d’un récit aux dimensions symphoniques, Richard Powers explore le drame écologique et notre égarement dans le monde virtuel. Son écriture généreuse nous rappelle que, hors la nature, notre culture n’est que » ruine de l’âme « .
« Personne ne voit les arbres. Nous voyons des fruits, nous voyons des noix, nous voyons du bois, nous voyons de l’ombre. Nous voyons des ornements ou les jolies couleurs de l’automne. Des obstacles qui bloquent les routes ou qui obstruent la piste de ski. Des lieux sombres et menaçants qu’il faut défricher. Nous voyons des branches qui risquent de crever notre toit. Nous voyons une poule aux œufs d’or. Mais les arbres… Les arbres sont invisibles. » L’Arbre-Monde – Richard Powers (2018)
